La voiture autonome, avenir ou fossoyeur du transport public ?

Actualité publiée le 22/08/2016 | catégorie : Analyse

Par Jean-Baptiste Schmider, directeur du Réseau Citiz

L’avènement de la voiture autonome fait déjà couler beaucoup d’encre : les réactions suscitées par le premier accident d’une Tesla sous pilote automatique survenu au début de l'été 2016 sont là pour prouver l'intérêt que cela suscite.
Il est évidemment difficile d’imaginer toutes les conséquences de cette révolution annoncée, que ce soit pour le secteur automobile, pour le transport public ou pour la mobilité en général, mais nous tentons, à notre modeste échelle, de nous livrer à cet exercice, toujours aléatoire de la prospective.
La première question qu'on se pose est de savoir si les personnes achèteront toujours des voitures,  si elles peuvent appeler une voiture qui vient les chercher, les ramène et retourne se garer toute seule jusqu’au prochain appel ? Et pareillement, continueront elles à utiliser les transports publics ?

Le secteur du transport public veut ses voitures autonomes

Je ne sais pas si la voiture autonome inquiète les exploitants de transports, mais en tout cas  elle intéresse beaucoup ce secteur au même niveau que le secteur automobile. Au dernier salon des transports, tous les exploitants arboraient fièrement, à leurs couleurs, les petites navettes autonomes, sortes de microbus électriques sans conducteur. La plupart d'entre elles sont des prototypes, parfois avec des expérimentations en site fermé, la première expérimentation en site ouvert a démarré cet été à Sion en Suisse.

Les microbus électriques autonomes aux couleurs des différents exploitants présents au salon du transport public à Versailles en juin 2016

Qu'est ce qui intéresse les exploitants de transport dans ces véhicules autonomes ? Le fait de pouvoir se passer de chauffeur intéresse particulièrement les exploitants, notamment en termes d’équation économique, la masse salariale (le coût des chauffeurs) représentant une part importante dans le cout du transport public. (entre 50 et 60% des couts d’exploitation) .

Finalement, le transport public pourrait être un des premiers débouchés du véhicule autonome : en effet, si on reconnait qu’un transport sans chauffeur aura statistiquement moins de risque qu’une personne humaine, pourquoi ne pas l’appliquer dans le secteur des transports en particulier en site propre : train, tram, avion ? Il y a bien déjà des métros sans chauffeurs.

Même s'il y a du chemin à faire entre l'expérimentation de prototypes en site propre, et la diffusion en masse, entre l'évolution de la réglementation et l'acceptation sociale, la réflexion sur le bus  autonome semble bien lancée.

La voiture autonome amènera t’elle une réduction du nombre de véhicules ? Une réduction des déplacements ou au contraire une explosion de la mobilité?

La grande interrogation est l'impact du véhicule autonome sur la mobilité globale.

Si la voiture autonome va probablement amener les gens à acheter moins de voitures, il n’est pas du tout sûr qu’elle engendre une réduction de la mobilité automobile si elle ne s'accompagne pas d'un changement de comportements. En effet, cette réduction du nombre de véhicules pourra être compensé par leur plus grande utilisation (par plusieurs usagers successifs).
Plus grand risque encore, le temps passé en voiture pouvant être plus productif, il y a un vrai risque d’augmenter par exemple l’étalement urbain, car le temps de trajet devenant un temps productif, il pourra être augmenté. Ce n’est pas grave d’être dans un bouchon, je peux travailler, téléphoner, regarder un film, lire un livre ….

Amènera t’elle les gens à utiliser plus ou moins les transports publics ?

En gros, la voiture partagée viendra t’elle se substituer à des déplacements en voiture personnelle, ou plutôt à des déplacements en transport public
A cette réponse, s’il est difficile de répondre de manière franche, il est probable qu’il y ait un risque que la voiture autonome permette aux gens de ne plus prendre les transports publics et génère encore plus de trafic et de congestion.En effet, une part des captifs du transport publics pourra prendre la voiture autonome. De plus, le temps passé dans les bouchons ne sera plus du temps perdu, puisqu’il sera possible de travailler, de téléphoner et de faire de ce temps de trajet un temps productif.

Une étude prospective récente vient confirmer cela, la voiture autonome permettra pour 30% des gens de se substituer aux transports urbains et interurbains 

Finalement, la question centrale est de savoir si les gens préfèreront  être tout seuls dans leur véhicules autonome, ou être à plusieurs dans un véhicule autonome public ? La réponse est cette question risque malheureusement d’être assez évidente et il y a donc un vrai risque de voir le véhicule autonome amener à une vraie explosion de la mobilité automobile.

Le choix dépendra évidemment de variables telles que le différentiel de prix entre véhicule autonome public et solo, mais également d'autres variables telles que le temps (un véhicule autonome public fera des détours et marquera plus d’arrêts) et d'autres contraintes éventuelles (aménagements rendant les véhicules collectifs plus compétitifs).

Comme pour la voiture avec chauffeur, l'orientation vers la voiture autonome publique ou solo ne dépendra donc pas que de la technologie, mais surtout des politiques publiques en faveur de l'un ou de l'autre mode, qui sont souvent déterminantes pour orienter les changements de comportements