Autopartage VS Autolib de Bolloré : les 7 différences

Actualité publiée le 06/09/2013 | catégorie : Analyse

La majorité des gens confondant encore autopartage et covoiturage, je reconnais qu'il est aussi difficile pour un béotien (et même pour un spécialiste) de comprendre les différences entre l'autopartage "classique" et le "one way" avec des voitures électriques, tel qu'il est proposé depuis près de deux ans à Paris (Autolib) ou depuis longtemps à la Rochelle (Liselec devenu Yélomobile). Cependant, sans vouloir opposer les deux services, car tout ce qui contribue à proposer des alternatives à la voiture particulière va dans le bon sens, il existe des différences notoires entre les deux systèmes qui ont des conséquences très différentes en termes d'impact urbain. Je vous propose donc de reprendre le jeu des 7 erreurs pour essayer d'expliciter ces différences :

Autolib_Mobilib

A gauche : station Autolib à Paris / A droite : station d'autopartage classique à Toulouse

1. Déplacement périurbain VS déplacement urbain

Les usages sont très différents entre l'autopartage et l'autolib,  à titre d'exemple les usages moyens pour ces différents services :

  • 30 mn pour 7 kms en one way électrique
  • 6H et 50 kms  en autopartage
  • 3 jours et 500 kms en location courte durée

Nous avons donc bien  affaire à des services différents, répondant à des besoins spécifiques. Le one way répond à  des besoins de déplacement intraurbains , pour se déplacer rapidement dans la ville, l'autre à des besoins de déplacement périurbains, pour sortir de la ville. Ces différences sont dues au mode de fonctionnement du service.

2. Trajet en boucle VS  "one way" ou "trace directe"

L'autopartage classique vise à vous permettre de disposer d'une voiture à proximité de chez vous pour les usages où vous ne pouvez pas utiliser les transports en commun, la marche ou le vélo. Il ne vise pas les déplacements domicile travail, mais les usages occasionnels du quotidien (rdv, courses, balades, accompagnement des enfants)

Le oneway vous permet de laisser la voiture dans une autre station, il est plus souple, mais aussi réservé à un périmètre plus limité, puisqu'il faut trouver une station pour la reposer, et si vous la gardez pendant vos courses par exemple, son coût est vite plus élevé que l'autopartage classique (de 10 à 15E/H contre 2€ à  3E dans l'autopartage classique)

3. Réservation VS usage spontané

Le corollaire du one way est qu'il est impossible de réserver la voiture longtemps à l'avance puisque vous ne savez pas où elle va revenir. On présente souvent le one way comme plus souple car pas d'obligation de réserver, en fait il conviendrait de dire l'impossibilité de réserver (au dela d'1/2H) à l'avance.

Dans L'autopartage en boucle,  l'obligation de réserver est souvent présentée comme une contrainte, en réalité celle ci est plutôt une garantie d'avoir un véhicule quand j'en ai besoin, par exemple si j'ai un rendez vous très important ou une fête de famille dans une semaine (et dans les faits si j'ai besoin d'un véhicule instantanément, je peux le réserver et y avoir accès en 2 mn). Autolib est comme le Vélib très intéressant pour un usage spontané, mais qui n'est pas forcément fiable. Cette différence est fondamentale pour la démotorisation. Les personnes ne se débarrassent de leur véhicule que si elles ont la garantie d'en avoir une lorsqu'elles en ont vraiment besoin.

4. Thermique VS électrique

Ce n'est pas forcément la différence essentielle : on trouve du one way thermique (Car2Go en Allemagne et aux USA) et de la boucle électrique (Autobleue à Nice). Néanmoins, il semble que l'électrique est plus adapté à de l'usage spontané (je prends le véhicule qui est le plus chargé au moment ou j'en ai besoin) qu'à de la réservation (je ne connais pas la future charge de mon véhicule que je réserve pour après demain, et donc il faudra donc le bloquer quelques heures avant mon usage pour garantir ma charge)

5. Diversité des véhicules VS véhicule Unique

Le one way est forcément limité à 1 seul modèle de véhicule puisqu'on ne sait à l'avance où le véhicule va revenir. L'autopartage classique peut offrir une diversité de modèles permettant de couvrir l'ensemble de mes besoins automobiles : petite voiture lorsque je suis seul, modèle plus grand lorsque j'ai des objets ou des personnes à transporter

6. Équilibre économique VS financement public

Aujourd'hui, même si le modèle économique n'est pas simple, les services d'autopartage classique peuvent s'autofinancer à court ou  moyen terme (à l'instar des services étrangers et des plus anciens certains services Français), et avec une part subvention publique relativement faible, c'est à dire que c'est l'usager qui paye la grande partie de son trajet. Les services one way électrique n'ont aujourd'hui pas de modèle économique  et sontsoit financés par les constructeurs (c'est de la communication) ou par les finances publiques des collectivités via des Délégations de Service Public.

Peut être que le one way trouvera un jour son modèle, en attendant Autolib Paris a couté 30 M d'euros à la collectivité, Autobleue à Nice 18 M d'euros, et Yélomobile à la Rochelle reçoit chaque année depuis 13 ans, 500 à 600000 euros de financement public pour 50  voitures.  La question de l'efficience des sytèmes peut se poser.

7. Substitution voiture particulière VS substitution Taxi

Au final, l'autopartage en boucle a montré son impact environnemental dans une récente étude réalisée par 6T (consulter la synthèse ou le rapport complet),  à la fois en termes de démotorisation (une voiture en autopartage remplace 9 voitures particulières) et en termes de report modal (l'autopartageur roule 2 fois moins en voiture et prend plus les TC et le vélo). L'impact des services one way électriques doit être analysé, cependant nous pensons qu'il est moindre car il ne permet pas de remplacer complètement  la voiture particulière comme c'est le cas de l'autopartage, et qu'il  vient plutôt remplacer des déplacements qui seraient autrement faits en taxi, en vélo ou en métro.