Lettre ouverte aux élus en charge de la mobilité

Actualité publiée le 20/06/2018 | catégorie : Analyse

Autopartage(s) : n'oubliez pas la boucle !

Un autopartage viable, efficient, durable et complémentaire du transport urbain est possible : nous l’avons rencontré, il est "en boucle".

par Jean-Baptiste Schmider, PDG du réseau Citiz
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Le chiffre d’un déficit prévisible de près de 300 millions d’euros pour Autolib fait frémir la « petite » coopérative d’autopartage que nous sommes. Quelle que soit l’issue de la bataille juridique et médiatique en cours entre la Mairie de Paris et le groupe Bolloré, il semble aujourd’hui établi que le système Autolib n’est pas économiquement pérenne. Quel bilan tirer de cette aventure ?

Il ne s’agit pas de contester par principe le financement public pour l’autopartage ou les nouvelles mobilités. Il semble en effet logique qu’un service qui contribue à la qualité de vie et à la mobilité des citoyens puisse être financé par l’argent public. Les transports publics sont aujourd’hui très majoritairement financés par les collectivités, au même titre que les services de location de vélos.

Nous savons bien que les modèles économiques des nouvelles mobilités sont complexes à trouver, et qu’il y a parfois besoin de financement public pour faciliter le démarrage d’un nouveau service, voire même le pérenniser dans des territoires moins denses.

L’autopartage, un concept qui a 30 ans

La vraie question est celle de l’efficience, c’est-à-dire l’impact des contributions positives rendues à la collectivité au regard du financement demandé. A ce titre, il nous semble que d’autres modèles d’autopartage qu’Autolib peuvent s’avérer plus efficients avec nettement moins de financement public (voire parfois sans). 

L’autopartage existe depuis maintenant 30 ans en Europe et en Amérique du Nord. Présent depuis près de 20 ans en France, il a trouvé un modèle économique équilibré pour offrir une alternative à la voiture particulière, et permettre aux habitants de se démotoriser (à savoir de se débarrasser de leur voiture particulière, leur second véhicule, voire même leur premier véhicule en zone urbaine).

Les « pure players » de l’autopartage

Depuis 30 ans, des entreprises se sont donc créées, et ont développé un modèle économique vertueux, équilibré et pérenne autour de ce modèle, à l’instar de Mobility en Suisse, Communauto au Canada, Cambio ou Stadtmobil en Allemagne, ou Citiz en France.

Le fait qu’existent des « pure players » de l’autopartage (c’est-à-dire des entreprises dont c’est la seule activité et qui sont indépendantes) montre qu’il existe un modèle économique rentable.

Parfois, comme Mobility en Suisse ou Citiz en France, ces entreprises sont même des coopératives issues de l’économie sociale et solidaire et dédiées à l'autopartage. Elles appartiennent principalement à leurs clients ou se sont développées en multi-sociétariat, avec des partenaires locaux, notamment les collectivités. Ces sociétés sont non revendables et non délocalisables, et développent donc leur service et l’emploi sur le territoire.

L’autopartage en « boucle » plus vertueux que le « free floating »

Le modèle d’autopartage sur lequel s’appuient ces entreprises pérennes et équilibrées est dit « en boucle », c’est-à-dire que les voitures partagées sont empruntées et remises sur un même emplacement réservé ou « station ». Plus en vogue, le « free floating » est un fonctionnement plus récent qui permet de prendre et redéposer la voiture n’importe où sur une place en voirie dans un périmètre donné. Mais l’autopartage en boucle reste plus vertueux.

L’autopartage en boucle, principalement avec des véhicules hybrides ou à essence, permet aux personnes de réserver un véhicule lorsqu’ils en ont vraiment besoin, plutôt pour des trajets périurbains (la réservation moyenne est d’une ½ journée et environ 50 kms), et ainsi de se démotoriser.  De fait, pour leurs trajets urbains, ils privilégient plutôt la marche à pied, le vélo ou les transports en commun.

> Voir notre analyse publiée dès 2013 : "Autopartage VS Autolib de Bolloré : les 7 différences"

L’autopartage en boucle permet un gain d’espace public très important puisqu’une voiture partagée remplace 10 voitures particulières et fait gagner 9 places de stationnement, comme le rappelle une étude 6t-Ademe de 2016.

Le deuxième impact positif de l’autopartage est le changement des comportements de mobilité permis par le passage de la propriété à l’usage. Le fait de ne plus avoir les clés de sa voiture dans la poche amène les personnes à adopter des comportements plus vertueux : elles réduisent de 40% leur kilométrage en voiture au profit de la marche à pied, des transports en commun et de la bicyclette. C’est un service qui est donc bon à la fois pour le portefeuille et la santé, ainsi que pour l’espace public et la planète.

> Voir notre article Quel est l'impact environnemental de l'autopartage Citiz ? ainsi que l'étude menée par 6t/ADEME sur l'autopartage en France.

Le free floating a lui nettement moins d’effet, tant en termes de démotorisation que de report modal, mais il permet un déploiement plus rapide. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’opposer les deux services qui sont complémentaires, mais au contraire de rappeler aux collectivités que l’autopartage en boucle a toute sa place dans le bouquet de mobilité à côté du free floating. C’est d’ailleurs ce que propose Citiz, qui a développé des offres d’autopartage en free floating dans 5 villes de France, sous la marque « Yea! », en complément des offres en boucle.

Quel modèle d’avenir ?

Pour l’autopartage comme pour toutes les nouvelles mobilités, il n’existe pas de modèle d’organisation universel, ni d’acteur unique, susceptible de faire émerger les nouvelles mobilités en évitant l’anarchie. Le modèle devra être adapté en fonction du territoire et de son potentiel, ainsi que des acteurs susceptibles d’y opérer.

Il apparaît toutefois nécessaire d’attirer l’attention des collectivités sur le fait que la recherche de solutions d’autopartage et de nouvelles mobilités doit les orienter à la fois vers l’efficience et la recherche de complémentarité entre les modes de déplacement. Cela peut être plus aisé avec des acteurs implantés sur les territoires, travaillant main dans la main avec les collectivités locales pour développer la multimodalité, par exemple en ouvrant l’accès à leurs données aux autorités organisatrices de la mobilité, et qui recherchent un modèle pérenne plutôt qu’une visibilité ou une croissance hyper rapide.

> Voir notre article L'autopartage est il viable dans les villes moyennes ?


A ce titre, il nous semble que le modèle coopératif de Citiz, qui propose aujourd’hui plus de 1200 véhicules partagés par 40’000 utilisateurs dans 100 villes en France, avec une gouvernance partenariale et démocratique, associant usagers et partenaires, où la finalité est davantage la recherche du bien commun que la lucrativité ou l’effet d’image, est la meilleure garantie d’un service d’autopartage adapté aux besoins tant des collectivités que des citoyens.

 

En savoir plus :
> L'offre Citiz en France
> Qui sommes-nous
> Etude sur l'autopartage en boucle