L'autopartage est il viable dans les villes moyennes ?

Actualité publiée le 28/07/2015 | catégorie : Analyse

Alors que nous assistons à un développement important des nouveaux services à la mobilité, qui viennent compléter la palette des solutions de déplacement, et notamment des différentes formes de voiture partagée, force est de constater que la plupart de ces services se concentrent essentiellement dans les métropoles et les zones fortement urbanisées.

Même les services d’autopartage entre particuliers - qui mettent en relation des propriétaires de véhicules et des locataires et ne génèrent donc pas d’investissement physique, dont on aurait pu imaginer de ce fait qu’ils soient une solution pour le périurbain, se concentrent aujourd’hui essentiellement dans les grandes agglomérations.

A l’instar d’autres services de mobilité, l’autopartage n’est-il donc réservé qu’aux habitants des métropoles, ou est-il cependant possible de mettre en place une offre viable dans les villes moyennes, voire petites ?

Pour répondre à cette question, il convient de se pencher sur les conditions de réussite et de viabilité d’un service d’autopartage, et de regarder comment il est éventuellement possible de les compenser lorsque celles-ci ne sont pas réunies.

Les critères de réussite : densité, alternatives, stationnement contraint.

L’autopartage propose une alternative à la voiture particulière, et s’inscrit donc dans une logique de démotorisation. En ce sens, il intéresse le public « captif », c’est-à-dire les personnes ayant le permis de conduire mais ne disposant pas des ressources suffisantes pour être propriétaire d’une voiture. Mais le service ne saurait se développer avec ce seul public, et pour toucher d’autres cibles il est nécessaire que certaines conditions favorables à la démotorisation existent.

La densité est le premier critère, qui permet qu’il y ait autour de l’emplacement de la station d’autopartage suffisamment de population pour utiliser le véhicule. Ou pour retourner le propos, que chaque personne potentiellement intéressée dispose à proximité de chez elle suffisamment de services pour ne pas être dépendante de la voiture au quotidien (boulangerie, épicerie, …), mais également que la personne puisse accéder à la voiture partagée à pied, à vélo ou en transport en commun.

Le deuxième critère est l’existence d’offres alternatives de mobilité qui permettent à la personne de ne pas être dépendante d’une voiture, notamment pour les déplacements pendulaires (domicile-travail), que ce soit au travers d’une bonne desserte de transport en commun ou d’un bon réseau cyclable.

Bus du réseau Libellule à Villefranche-sur-Saône, où Citiz LPA a implanté 2 stations d'autopartage.
[Photo: Billy69150 Wikimedia] 

Le 3ème critère est la contrainte sur le stationnement. C’est en effet un critère déterminant de la démotorisation, car tant que les habitants peuvent se garer aisément et gratuitement en bas de chez eux et près de leurs destinations favorites, ils n’ont pas vraiment d’intérêt à se démotoriser.

On constate que ces trois critères sont rarement réunis dans une ville moyenne pour favoriser la démotorisation et donc pour permettre la viabilité économique d’une offre d’autopartage.

Il est donc nécessaire de soutenir cette implantation pour arriver à viabiliser une offre d’autopartage dans une ville moyenne.

Pour ce faire, le réseau Citiz encourage la mutualisation du « back office » (ensemble des tâches de gestion administrative, financière et technique de l’autopartage) à l’échelle d’un territoire plus large, et préconise d’autre part un engagement d’utilisation par les collectivités.

La mutualisation de la gestion au niveau d’un large territoire.

L’existence d’un service autonome, avec une agence en propre, et toute la gestion clientèle (commercial, facturation, administratif…) ne peut se justifier économiquement dans une ville de moins de 100’000 habitants.

Le service ne peut donc fonctionner que comme une antenne d’un service plus vaste, mutualisé au sein d’un réseau à minima régional ou national. Localement devra être assuré ce qui ne peut être fait à distance : le nettoyage mensuel ou bimensuel des véhicules, le recueil des pièces justificatives, la délivrance des cartes d’accès aux véhicules, etc. Idéalement, ces activités locales pourront être assurées par un partenaire local en complément de ses propres activités (exploitant de transport, office de tourisme, loueur de cycles, …).

Cette mutualisation permet de réduire les charges fixes et de baisser le « point mort » économique du service d’autopartage.

Station Citiz à Voiron (Isère) [Photo: Pays Voironnais]
Le siège de Citiz Alpes-Loire gère le "back-office" d'une trentaine de villes en Rhône-Alpes (hors Lyon/Villefranche)

L’engagement d’utilisation par les collectivités.

Un opérateur ne peut prendre le risque économique de mettre beaucoup des voitures dans une ville où la demande semble faible, en raison du temps long de montée en puissance. C'est pourquoi la solution préconisée et expérimentée dans le réseau Citiz est l’engagement d’utilisation par les collectivités avec une garantie de recettes. Elle permet de minimiser le risque pour l’opérateur tout en assurant un service utile pour la collectivité.

Cette solution gagnant-gagnant présente de nombreux avantages :

  • L’autopartage permet à la collectivité de réduire les coûts de ses véhicules de service ou de ses indemnités kilométriques.
  • La collectivité joue ainsi un rôle d’exemplarité auprès de ses administrés et véhicule une image positive en s’engageant dans un changement de comportement.
  • Les usages de la collectivité assurent une rotation minimum des véhicules partagés, permettant par exemple de limiter le risque de panne de batterie de véhicules qui tourneraient trop peu.
  • La collectivité est intéressée à la réussite du service, puisque les usages des tiers peuvent venir diminuer la garantie de recette, et donc la contribution de la collectivité au service.

Une station d'autopartage d'Autocité+ à Angers (réseau Citiz)
Elles sont utilisées par les agents de la collectivité via un marché public.

Cette solution permet surtout d’assurer une montée en charge du service, puisque l’adoption de l’autopartage par les habitants est un changement de comportement qui prend du temps, et l’acquisition de nouveaux clients est forcément lente. Cette garantie de recettes permet au service d’éviter le risque de lourdes pertes d’exploitation des premières années, le temps d’asseoir sa notoriété et pour les utilisateurs de choisir ce mode de déplacement.

Cette formule est également intéressante dans la mesure où elle peut s’adapter à la taille de la collectivité :

  • Engagement d’utilisation d’une ou deux voitures pour une petite ville.
  • Engagement d’usage d’une dizaine de véhicules pour une ville moyenne permettant la mise en place d’un véritable service. C’est par exemple le cas de Narbonne, Angers ou Dijon.

Ce choix a été fait très largement en Rhône-Alpes et en Alsace où plus de 20 stations ont pu être implantées dans des petites villes ou villes moyennes grâce à cet engagement de recettes.
En Rhône Alpes : Bourgoin-Jallieu, Crolles, Echirolles, Fontaine, Gières, Seyssinet-Pariset, Seyssins, Cran-Gévrier, Pélussin, Pontcharra, Voiron, Villefontaine, Villefranche-sur-Saône…
En Alsace : Saint-Louis, Erstein, Saverne, Haguenau…

Station Citiz devant la Gare SNCF de Saint-Louis (Haut-Rhin) [Photo: Citiz]
Le réseau Citiz est présent à proximité d'une cinquantaine gares en France.

Le dernier avantage de cette garantie de recettes, est que cet engagement peut être assuré par des collectivités ou établissements publics de nature très différentes : communautés de communes, pays, parc naturels, bailleurs sociaux… et qu’il peut également être partagé par plusieurs collectivités utilisatrices du service, ce qui diminue l’engagement pour chacune et contribue déjà à un usage partagé.

Et le partage des véhicules appartenant aux collectivités ?

La troisième voie pour le développement de l’autopartage dans les villes petites et moyennes pourrait être la mise à disposition des véhicules des collectivités, qui peuvent être pour certains sous-utilisés, en autopartage. Cette solution s’apparente à ce qui est fait lorsque du patrimoine appartenant à la collectivité est loué à des personnes privées. Elle est intéressante pour mutualiser des véhicules type berlines ou 9 places qui peuvent servir à des associations, aux CCAS, et aux particuliers. Elle permet, en complément de la mise en place d’un service d’autopartage, d’augmenter la flotte plus rapidement avec un coût d’immobilisation moindre. C’est par exemple la solution mise en place par la Ville de Longvic (21) qui a souhaité acquérir un véhicule électrique pour ses besoins, mais permettre aux habitants de bénéficier de cette mobilité électrique.

Inauguration d'un véhicule électrique partagée à Longvic (Côte d'Or) [Photo: Mobigo Autopartage]